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Moi binationale…

France-MarocPour la première fois depuis que je suis née (bientôt 40 ans), je ressens fortement ma bi-nationalité, alors que jusque là, je voyais plutôt cette addition de cultures et origines comme une richesse invraisemblable, même si difficile à cerner et conjuguer quelques fois. On parle d’ailleurs de bi-nationalité comme s’il y avait un lien alors que ce n’est pas le cas, totale indépendance l’une de l’autre.

 

Merci le débat sur la déchéance de nationalité posé après les attentats de novembre.

La question de départ: comment sanctionner les terroristes qui sont une menace pour l’ordre public et la sécurité dans notre pays. Jusque là on était tous bien sûr d’accord, étant tous et toutes traumatisé.e.s par l’année 2015, marquée par les attentats à Paris.

Quelle suite? la nécessité d’une solution forte et symbolique. On est toujours à peu près d’accord.

L’option prise? La déchéance de nationalité, alors là je me demandais quel impact et efficacité ça aurait.

Le pompom? Elle n’allait s’appliquer qu’aux binationaux (dans les textes adoptés par les deux assemblées, même s’ils étaient différents).

Le problème essentiel que ça m’a posé c’est celui du respect de la valeur marquée sur tous les frontons de nos mairies l’ÉGALITÉ. Donc pour palier à un problème de sécurité grave, on prend une mesure, qui ne va s’appliquer qu’à une partie des potentiels gens dangereux? Et on était partis pour la constitutionnaliser en plus!

Il est vrai qu’un binational peut être plus dangereux, et en plus on peut même le renvoyer dans son pays d’origine pour ne pas avoir à le gérer. Et la responsabilité du système sur le phénomène de radicalisation? Au placard, surtout on en parle pas, on l’assume pas.

Le fait que la question de départ, à savoir comment sanctionner les personnes dangereuses pour notre pays, on l’avait oubliée. Si on s’était penché sur l’impact et l’évaluation de la mesure (chose qui me semble tellement évident mais visiblement pas toujours en politique), on serait vite passé à autre chose.

Ce qui m’a profondément blessée et choquée et mise en colère c’est la lecture, c’est sur les réseaux sociaux de l’expression « les dangers on les renvoie dans leur pays d’origine ». Et moi, ayant deux nationalités, de naissance je me dis… Je suis née avec les deux, c’est lequel mon pays d’origine? De quoi se mêle-t-on pour me dire quel est mon pays d’origine?  D’ailleurs l’expression est très mal choisie, je dis désormais que suis française avec des racines marocaines (et non d’origine -au singulier- marocaine), mes racines ne se résument d’ailleurs pas à une  nationalité ou un passeport, si je remonte dans la généalogie, je vais étendre le nombre de pays et de continents…

Donc d’une mesure symbolique, on en a fait une mesure inefficace, qui au final n’a pas été votée. Des mois de débats, de tensions, de stigmatisations, une peur pour les valeurs républicaines.

Moi binationale, j’ai eu mal à ma France, et j’ai toujours #malamaFrance

fluctuat-nec-mergitur paris

 

Quelques lectures:

Patrick Weil, les binationaux, la France et le Monde

 

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