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Minute #feministe 12/12/2016 #violencesfaitesauxfemmes

Superbe texte de Gérard Biard dans Charlie Hebdo.
En cas de problème (prostitution, viol, harcèlement sexuel …), cherchez du côté de l’homme plutôt que de la femme.
Dans l’angle mort de la baffe
Exergue : Violences sans auteur
Allez les filles, vous avez une journée pour vous plaindre.
Pour faire la liste précise, si possible exhaustive, de toutes les violences que vous subissez au quotidien tout au long de l’année. Des plus graves, des plus médiatisées, aux plus banales, celles qui se fondent dans le décor mais qui font que l’espace public n’est pas tout à fait le même, selon que l’on est un homme ou une femme.
Sautez sur l’occasion, ça n’arrive qu’une fois par an.
Chaque 25 novembre, c’est la tradition, on égrène les chiffres des viols, des violences conjugales, des agressions sexuelles, des violences physiques et psychologiques, du harcèlement, on ouvre les micros aux femmes pour qu’elle lâchent ce qu’elles ont sur le cœur, on annonce de nouvelles mesures gouvernementales — cette année, le budget consacré au plan de lutte contre les violences est en petite hausse, profitez-en, à partir de l’an prochain, c’est ceinture… —, on dit très fort son indignation, les panneaux d’affichage, les sommaires des journaux et les écrans de toutes sortes se couvrent de pleurs et de bleus, de corps prostrés ou tuméfiés, de numéros d’urgence et d’appels à déposer plainte… Ce sont les 24 heures du gnon, en quelque sorte.
Soyons honnêtes, ça dure un petit peu plus de 24 heures. En partie du fait d’une prise de conscience, certes ténue, mais qu’il ne faut pas nier, en partie parce que l’agenda médiatique impose de «traiter» le sujet en amont. Sans oublier la pugnacité et l’activisme des associations de défense des droits des femmes, qui relancent régulièrement le débat, hors calendrier officiel.
Mais, en dépit des bonnes volontés, et avec les meilleures intentions du monde, toutes ces campagnes de communication censées nous ouvrir les yeux ont un point commun : elles ne s’adressent qu’à la victime. L’agresseur, lui, est toujours hors champ. C’est particulièrement évident pour tout ce qui concerne les violences conjugales : on voit une main qui bâillonne, un poing qui se lève, parfois une ombre qui menace, très rarement un corps entier. Celui qui frappe, qui insulte, qui oppresse, reste dans le flou, il n’a pas de visage. Il est comme désincarné. Étrange paradoxe : il existe, il est nommé — c’est un homme à 94 % — mais il est exclu du débat.
Ce point de vue unilatéral pose un problème. C’est un peu comme si, dans les campagnes de sensibilisation de la Prévention routière, on ne s’adressait qu’aux piétons renversés, en leur disant : « surtout, pensez bien à aller à l’hôpital ». Les campagnes contre la violence routière s’adressent, à raison, directement aux chauffards. Le message est plus ou moins radical, mais il est sans ambiguïté : le responsable, c’est celui qui boit, celui qui appuie sur le champignon, celui qui s’endort au volant. Dans les violences conjugales, le responsable, c’est celui qui donne les coups. Or, il est dans l’angle mort des campagnes. On comprend bien l’importance de faire sortir les victimes du silence, de les inciter à porter plainte, à ne rien taire. Mais en braquant tous les projecteurs sur elles, et sur elles seules, on induit qu’elles sont les uniques actrices du drame. Sur le fond, on n’arrive pas à se décoller du «elle s’est cognée à sa table de nuit». Que la table de nuit ait une vague forme humaine n’y change rien.
Les violences que subissent les femmes, tout comme les réactions ou les non-réactions qu’elles suscitent, ne viennent pas de nulle part. Elles ont des racines individuelles, privées, mais aussi sociétales, collectives. Les réduire à leurs conséquences, c’est s’interdire de s’interroger sur leur nature et de les affronter vraiment. La seule question qui vaille face aux violences conjugales, ce n’est pas «pourquoi elle n’est pas partie ?», mais «pourquoi il cogne ?». Pourquoi pense-t-il qu’il n’est pas un agresseur ? Parce qu’il boit, parce que c’est un monstre ou un salaud, ne sont pas des réponses suffisantes.

 

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