La diversité

Depuis quelques temps je lis divers documents sur les recommandations pour les candidatures aux prochaines élections. Et  bien que je sois convaincue de la nécessité que notre classe politique soit à l’image des citoyens et citoyennes qu’elle représente, un argument me choque, voir même me chagrine. Qu’on veuille l’égalité femmes-hommes, est une évidence, puisque les femmes constituent 51 % des français. Pousser la discrimination positive jusqu’à l’argument de la diversité ne me semble pas aussi facile.

Cela ne me semblerait pas aberrant d’utiliser les données de l’INSEE (au 1er janvier 2016) pour raisonner, en terme de genre et de tranches d’âge:

Population totale 32 291 287 34 336 315 66 627 602
Moins de 20 ans 8 391 583 8 003 875 16 395 458
de 20 à 64 ans 18 550 750 19 161 177 37 711 927
65 ans ou plus 5 348 954 7 171 263 12 520 217

Si déjà sur ces points la représentation était conforme, ça serait une belle avancée. Mais si on devait être aussi rationnels sur la question de la diversité on pourrait prendre en compte

  • proportion de personnes d’origine immigrée, en fonction des pays ou régions du monde
  • proportion de personnes homosexuelles / hétérosexuelles / transgenre
  • proportion selon les croyances
  • proportion selon le régime alimentaire
  • et on peut trouver d’autres critères…

Et ça prouve une chose c’est qu’on n’a pas été capable d’intégrer cette belle diversité dans les institutions de notre République. Et je suis profondément choquée d’être assimilée à un profil « diversité » de part mon nom et mon prénom.

J’ai eu la chance de grandir dans un environnement qui donnait un sens aux valeurs de la République, avec un sentiment d’honneur de les partager et les défendre, tout en tenant compte de la diversité de mes origines.

Encore aujourd’hui, à mon retour au Maroc en vacances, on m’assimile à une marocaine à la douane (ce que je suis sur leurs papiers)  en exigeant presque que j’ai une carte d’identité marocaine. La scène (qui arrive inlassablement à chaque fois, la dernière en date étant au mois d’août dernier):

Je donne mon passeport au passage à la douane à l’aéroport

On ouvre mon passeport, et on voit mon nom « Yasmine, vous êtes d’origine marocaine?

Moi « oui »

La madame de la douane « elle est où votre carte d’identité marocaine »

Moi « je n’en ai pas, dans la mesure où je suis née, vis en France, je n’en ai pas besoin »

La madame « non mais il faut la faire au consulat, on en a besoin » (toujours insistante)

Evidemment ça ne m’empêche absolument pas de passer à la douane après ces 30 secondes de questions, dans un sens ni dans l’autre. Je reste calme pour que ça se passe bien mais ça me fait bouillir intérieurement à chaque fois, A CHAQUE FOIS. Et ça me donne encore moins envie d’y revenir (ça me chagrine de l’avouer).

La seule identité que j’ai, que j’assume et que j’ai toujours revendiquée c’est celle du logo de la République Française qu’il y a sur mon passeport, et rien ni personne ne peut ni ne doit m’imposer autre chose. Cela n’a pas toujours été facile de l’assumer et le faire accepter y compris par l’environnement proche. Je n’ai pas choisi ma double nationalité, je suis née avec et les règles font que je n’ai pas le choix (moi la féministe ça me pose d’ailleurs un sérieux problème que celui de ne pas laisser le choix, de la même manière que de part cette origine je suis considérée comme musulmane là bas). J’en arrive presque à en faire un rejet aujourd’hui à cause de tout ce qu’elle représente (tristesse), et ai même songé à un moment à faire ajouter le nom de ma mère dans un « nom d’usage » sur mes papiers pour afficher mes attaches à la France.
La vraie problématique est que la République, et ses institutions n’ont pas réussi à faire siennes toutes celles et ceux qui ont intégré ses valeurs, de mon point de vue chacun et chacune apporte sa richesse. Je me retrouve pour la première fois en 40 ans à me sentir une citoyenne différente des autres notamment depuis l’épisode malheureux de la déchéance de nationalité. Et ça fait mal.

Je n’attends rien des médias qui n’ont aucun problème avec l’affichage de « la beur de service » et leur quota pour se donner bonne conscience, qui représenterait une partie de la population. Mon choix serait plutôt de travailler l’engagement et la parole de chacun-e, avoir un travail de fond et sur le long terme plutôt qu’une politique court terme d’affichage de la diversité. Et j’espère qu’autour de moi on ne m’avancera jamais cet argument. Jamais.

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