Minute #feministe 11/01/2017 #tribune

Publicités

Minute #feministe 05/01/2018 #zing

Un texte de Sonia Johnson, traduit par Francine Sporenda.

 » Le zing » (l’excitation) que nous ressentons en présence des hommes–et pas des femmes– est une réponse conditionnée par le patriarcat. En fait, l’absence de cette réaction en présence des femmes est dû au mépris des femmes que les hommes nous inculquent. Cette excitation que suscitent les hommes est un piège et un mensonge; l’amour romantique est un attrape-nigaude conçu pour nous enferrer profondément dans le système de valeurs de la société; « tomber amoureux », tel que c’est décrit par les medias sous contrôle patriarcal, est un schéma relationnel totalement faux et dangereux… Etre amoureuse, ça me semblait être un tourment, une addiction, un esclavage. Je le voyais comme une aberration, une pathologie nécessaire pour maintenir le système de castes de sexe patriarcal–et je ne voulais absolument plus jamais en faire partie ».

Sonia Johnson parle de sa transition vers le lesbianisme: « Je ne suis pas tombée amoureuse, je ne suis pas tombée dans le coma patriarcalement induit appellé « amour » où les femmes perdent leur identité, leur autonomie, leur instinct de survie, leur volonté et leur bon sens. J’ai simplement reconnu que j’avais appris à aimer Susan comme j’aimais ma mère, et comme je m’aimais moi.  »

SUR LE VIDE DE « LA SEXUALITE » PATRIARCALE POUR LES FEMMES

« Un peu plus chaque année, j’ai compris que, bien que nos relations sexuelles auraient été considérées comme bonnes par n’importe quel sexologue, une véritable intimité était impossible avec mon mari. Nous avions tous les deux des orgasmes régulièrement–mais cet acte avait une signification complètement différente pour chacun de nous. Dans les bras l’un de l’autre, nous n’étions pas proches, et cela m’a chagrinée pendant des années, avant que le féminisme me donne l’explication. Pendant ces années, ce que j’ai découvert, c’est qu’il y a peu de choses aussi solitaires et ennuyeuses à mes yeux que l’orgasme considéré comme une fin en soi ».

SUR LE REFUS DU COUPLE

« Dans les années 80, l’expérience la plus merveilleuse de ma vie de nouvelle divorcée a été la découverte que je pouvais être entière et heureuse sans un homme; que le lavage de cerveau féroce visant à me persuader du contraire que j’avais subi toute ma vie n’était pas seulement fait de mensonges du début jusqu’à la fin , mais que c’était une totale inversion de la vérité: ce n’est pas les femmes qui ont besoin des hommes, ce sont les hommes qui ont besoin des femmes. L’esclave n’a pas besoin du maître pour survivre et prospérer, c’est le maître qui a besoin de l’esclave.

Une des fonctions importantes de la culture masculine est de faire en sorte que la compréhension de ceci reste cachée à l’esclave (et au maître), aux femmes et aux hommes, parce que la suprématie masculine dépend de la croyance féminine que nous ne pouvons pas exister sans les hommes (quoique des millons d’entre nous le fassent superbement chaque jour, partout dans le monde)… Les hommes célibataires, sont en moins bonne santé, moins heureux et meurent plus jeunes que les hommes mariés, tandis que les femmes célibataires sont en meilleure santé, plus heureuses et vivent plus longtemps que les femmes mariées… »

« Pour la première fois depuis des décennies, je n’avais pas à satisfaire un homme, je ne vivais pas ma vie et je ne pensais pas mes pensées en fonction de quelqu’un d’autre, ce que je pensais ne venait pas de l’extérieur de moi et je n’avais pas à ignorer ma voix intérieure. Pour l’avoir fait pendant si longtemps–et que tant de femmes le fassent encore–me semblait la façon la plus monstrueusement antinaturelle d’exister dans le monde, la destruction la plus radicale de mon intégrité. Pourquoi avais je vécu, pourquoi avions NOUS vécu ainsi pendant si longtemps?…

Le patriarcat fait des efforts désespérés pour fixer notre attention sur les hommes. Tous les jours, il intensifie sa campagne pour faire peur aux femmes, pour les séparer les unes des autres, pour nous persuader que nous aimer totalement nous-mêmes et les autres femmes, c’est mal, et que nous ne devons pas vivre de la façon authentique qui est la nôtre. »

(« Going Out of our Minds », de Sonia Johnson. Sonia Johnson est une féministe radicale américaine élevée dans une stricte communauté mormonne où les femmes devaient se marier, obéir aux hommes et avoir de nombreux enfants, et qui en est sortie, s’est séparée de son mari et est devenue féministe et lesbienne.)